Quand une toxine dangereuse est maquillée en “huile”
Deux nourrissons sont morts en France après avoir consommé du lait infantile appartenant à des lots rappelés. Deux vies brisées. Deux familles plongées dans l’horreur. Et au cœur de cette affaire, une substance dont beaucoup de médias parlent mal : la céréulide.
Une toxine. Pas une huile. Pas un ingrédient. Pas un additif. Une toxine bactérienne dangereuse, produite par Bacillus cereus, et qui n’a rien à faire dans un lait destiné à des bébés.
La céréulide : une toxine redoutable, pas une huile.
La céréulide est une molécule toxique fabriquée par certaines souches de Bacillus cereus.
Cette bactérie est très répandue dans l’environnement : sols, poussières, céréales, lait cru, installations industrielles. Si elle se développe dans un aliment, elle peut produire cette toxine.
Et cette toxine a des caractéristiques terrifiantes :
- Résistante à la chaleur : même les traitements industriels ne la détruisent pas,
- Résistante aux acides : elle survit dans l’estomac,
- Liposoluble : elle se dissout dans les graisses, ce qui explique sa présence possible dans le lait infantile,
- Toxique même à faible dose,
- Capable de provoquer des vomissements violents, une déshydratation aiguë, et dans les cas extrêmes, une atteinte du foie.
Chez un nourrisson, dont le système immunitaire est immature, les conséquences peuvent être dramatiques.
D’où vient cette toxine ?
La céréulide n’est pas ajoutée volontairement. Elle apparaît lorsque la bactérie Bacillus cereus se multiplie dans un aliment. Cela peut se produire si :
- Les matières premières sont contaminées,
- La chaîne de production n’est pas parfaitement maîtrisée,
- Les contrôles sont insuffisants,
- Des conditions favorables permettent à la bactérie de produire la toxine.
Autrement dit : c’est un échec industriel, pas un accident mystérieux.
Pourquoi certains médias parlent-ils d’huile ?
Ils se trompent. Et cette erreur n’est pas anodine. Plusieurs raisons expliquent cette confusion : la céréulide est liposoluble, ce qui a été mal interprété comme “huile”, certains journalistes simplifient à l’excès des termes scientifiques, d’autres reprennent des erreurs déjà publiées, et certains médias préfèrent des mots moins effrayants que “toxine”.
Mais cette confusion est dangereuse : parler “d’huile” donne l’impression d’un ingrédient banal, alors qu’on parle d’une toxine résistante et potentiellement mortelle pour les bébés.
En France, deux bébés – l’un près d’Angers, l’autre près de Bordeaux – sont morts après avoir consommé du lait infantile appartenant à des lots rappelés. Les enquêtes sont en cours pour établir un lien direct avec la céréulide, mais la piste est prise très au sérieux.
Pendant ce temps, des millions de boîtes ont été rappelées dans plus de 60 pays.
Et les parents, eux, découvrent les informations au compte‑gouttes.
Ce n’est pas un incident : c’est un système qui déraille
Quand une toxine connue, documentée, redoutée, peut se retrouver dans un lait pour nourrissons, cela révèle :
- Des failles dans les contrôles,
- Un manque de transparence,
- Une gestion industrielle qui privilégie la rentabilité,
- Une communication qui minimise les risques,
- Et une information médiatique parfois approximative.
Les industriels parlent de “précaution”. Les familles, elles, parlent de deuil.
Protéger les bébés n’est pas négociable
Nous devons exiger :
- Des contrôles indépendants et publics
- Une transparence totale sur les chaînes de production,
- Des sanctions exemplaires en cas de négligence,
- Une information claire et honnête pour les parents,
- Et la fin de l’opacité industrielle qui transforme chaque scandale en “accident isolé”.
Parce qu’aucun parent ne devrait craindre de nourrir son enfant.
Parce qu’aucun bébé ne devrait mourir pour avoir bu un lait censé le protéger.
Véronique Bourgeois – Indecosa 12 – collectif alimentation
26 janvier 2026


