Développement durable

Initiative nationale d’Indecosa CGT

Publié le 10 juin 2021

« Textile et développement durable ce n’est pas dans la poche »

 

Le 9 décembre 2021

 au siège de la CGT à Montreuil (93).

 

Le monde n’a jamais produit et consommé autant de textile qu’aujourd’hui. Les collections se renouvellent à vitesse grand V en dehors de périodes de saisonnalités  traditionnelles. Les matériaux se complexifient avec l’émergence de nouvelles matières comme ce fut le cas pour les tissus anti-transpiration à base de nanomatériaux.

Parallèlement le taux de réutilisation et de recyclage des textiles est très faible. Cela signifie malheureusement que nous  n’en  n’avons jamais autant jetés et gaspillés. Pour expliquer cette situation nous proposons d’organiser un colloque intitulé : « Textile et développement durable ce n’est pas dans la poche » le 9 décembre prochain au siège de la CGT à Montreuil (93). Le présent document est une base de travail pour préparer au mieux cet événement. Il sera scindé en deux temps correspondant aux temps forts du colloque. Un premier temps qui dressera sur la matinée un bilan sans concession du secteur textile et son impact global tout au long de la chaîne de valeur et dans un second temps une table ronde d’acteurs de la « Société Civile » qui débattront des moyens à mettre en œuvre pour rendre plus durable cette filière.

I) Un bilan environnemental, social et sanitaire catastrophique !

Le secteur textile réclame toujours plus de terres cultivables, d’eau et de combustibles fossiles, ce qui entraine par ricochet une pollution croissante de l’air, de l’eau et des sols.

Il apparaît également que les traitements notamment par voie humide (les étapes de blanchiment/teinture/finition de la production textile), la production de fibres synthétiques et le lavage des textiles au cours de la phase d’utilisation par le consommateur ont un impact important notamment sur la question du réchauffement climatique, tandis que la production de fibres naturelles (culture du coton) et la phase d’utilisation par le consommateur se répercutent particulièrement sur les ressources en eau. L’utilisation et le rejet de produits chimiques dangereux lors des traitements du textile par voie humide entrainent la pollution de l’eau et affectent la santé humaine et les écosystèmes.

Les microfibres sont à l’origine de préoccupations croissantes en matière d’environnement car les recherches ne cessent de mettre en lumière leurs effets néfastes sur la biodiversité, et potentiellement sur la santé humaine. Le rejet de microfibres est particulièrement associé à la phase d’utilisation, qui fait l’objet de la plupart des recherches, mais de nouvelles données soulignent l’importance de ces rejets tout au long de la fabrication des textiles et à l’étape de leur fin de vie.

La production de fibres naturelles (culture du coton) concentre la plupart des risques sociaux, suivie par les étapes de la production de fils textiles et de tissus et celle de l’assemblage de vêtements. La pression actuelle qui pèse sur les prix de la fabrication textile et la pratique qui en découle, consistant à rechercher les lieux de fabrication où le coût du travail est le moins élevé, sont des facteurs qui contribuent lourdement aux impacts environnementaux et sociaux.

L’enjeu social est énorme. Lors de notre premier colloque nous avions mis en lumière l’exploitation par le travail d’enfants dans les champs de coton en Ouzbékistan. Sur le plan économique mondial la filière coton est très impactée par cette atteinte aux droits de l’homme. Il faut savoir que plus de 20 % du coton utilisé dans le monde est cultivé en Chine, essentiellement dans la province du Xinjiang peuplée d’Ouïghours, une minorité musulmane réprimée et exploitée par  le régime de Pékin.

Au-delà des bonnes paroles rassurantes des grandes marques il semblerait selon l’ONG (UHRP), basée à Washington que “les chaînes d’approvisionnement de la plupart des grandes marques de vêtements sont salies par le travail forcé des Ouïghours”.

Les réactions des État restent marginales. Seul le Royaume-Uni et le Canada ont décidé d’interdire les importations de marchandises soupçonnées d’être issues de ce travail forcé.

En 2020, les rapports d’ONG se sont enchaînés pour dénoncer l’exploitation des Ouïghours dans des champs, ateliers et usines fournissant des matières premières ou des produits finis, par certains géants de la fast fashion comme :

Gap, Nike, Adidas, Calvin Klein, H&M, Zara, Puma, Uniqlo, Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, Abercrombie & Fitch, Uniqlo, Fila, Victoria’s…

Nous le voyons il  faut prendre les choses sur l’ensemble de la Chaîne de valeur en ne négligeant aucun paramètre. Le principe du développement durable ce n’est pas de retenir un paramètre plus atteignable au détriment d’un autre jugé plus sensible, mais bel et bien d’obtenir un équilibre des trois.

II ) L’économie circulaire comme principal dénominateur.

La sensibilisation aux enjeux de durabilité et de circularité et le besoin d’évolution de l’industrie textile n’ont jamais été aussi élevés. Un certain nombre d’initiatives ont permis de faire progresser les questions sociales et environnementales les plus urgentes, notamment en établissant des normes en matière de transparence, des directives dans le domaine de la culture du coton et des listes de substances faisant l’objet de restrictions. Cependant, il est clair que beaucoup reste à faire et que les améliorations apportées sur le plan environnemental et social doivent être généralisées plutôt que de demeurer des activités de niche, réservées aux marques haut-de-gamme et aux grands acteurs du marché. Par ailleurs, il semble de plus en plus évident que c’est la nature profonde de l’industrie textile qui doit évoluer.

Il s’agit en effet de partir d’une industrie produisant de grands volumes de produits presque considérés comme à usage unique vers une industrie qui produirait des articles de qualité pouvant être utilisés pendant une longue période avant d’être réutilisés, transformés ou recyclés. Intégrer le principe de circularité nécessitera un profond renouvellement des pratiques commerciales, mais donnera naissance à un secteur qui profitera aux entreprises, à la société et à l’environnement.

 

La mise en place d’une filière textile durable et circulaire devra reposer sur une approche globale avec des changements à chaque étape de la chaîne de valeur, mobilisant les acteurs de toutes tailles et de tous les segments du marché. L’adoption de nouveaux modèles économiques à grande échelle sera essentielle, tout comme l’interdiction de l’utilisation de substances dangereuses dans les traitements du textile, ainsi que l’utilisation bien plus efficace des ressources, en abandonnant les combustibles fossiles au profit de sources d’énergie et de matières renouvelables.

Mais surtout, c’est l’utilisation des textiles qui devra être optimisée, en allongeant leur durée de vie (phase d’utilisation) et en multipliant les possibilités de réemploi (réparation/transformation), tout en développant considérablement le recyclage des matériaux arrivés en fin de vie. Des solutions techniques, comme la teinture à sec, continuent à être mises au point pour lutter contre la consommation élevée d’énergie, de produits chimiques et d’eau dans le traitement des textiles. De nouvelles pratiques commerciales, comme les services de location de vêtements, gagnent du terrain .De même, l’élaboration de nouvelles techniques de recyclage, promet d’accroître la durée de vie et les possibilités de réemploi. Les normes et les directives, notamment dans le domaine de la culture du coton, ont permis de faire reculer certains des pires fléaux sociaux liés à la production textile. Cependant, tous ces efforts doivent s’intensifier et s’étendre. En particulier, un cadre institutionnel favorable doit être mis en place pour permettre aux innovations de prospérer et de se développer à grande échelle.

III ) Vers un autre monde plus solidaire et plus responsable.

a) Dans la gouvernance.

La réalisation de ces changements nécessitera des actions coordonnées de la part de l’ensemble des parties prenantes et entre les différentes régions du monde. Une gouvernance et des politiques plus fortes afin de favoriser le changement, une coopération et des financements permettant d’agir à l’échelle du secteur ainsi que l’évolution des habitudes de consommation sont autant de besoins prioritaires.

b) Jouer sur la transparence sur l’origine des produits et leurs différents impacts.

Il existe également un réel besoin de transparence et de traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement du textile si l’on souhaite responsabiliser le secteur et amener les consommateurs à prendre des décisions éclairées. La question est de savoir si nous devons nous en tenir à une labellisation positive comme le font certaines enseignes du commerce équitable ou aller plus loin en exigeant une transparence des multinationales comme tente de le  faire le devoir de vigilance. Enfin, n’est-il pas  grand temps d’exiger que nos exportations respectent scrupuleusement les grands piliers de l’OIT ?

Pour tenter de mettre à bien ce processus il faudra déterminer à quel niveau nous devons établir cette feuille de route.  Il est essentiel d’indiquer comment et par qui les mesures prioritaires peuvent être mises en œuvre. C’est ce que proposera INDECOSA-CGT en débattant lors de ce colloque du 9 décembre 2021 avec tous les acteurs clés tels que les consommateurs, les salariés, les entreprises et les représentants des pouvoirs publics.

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